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Pourquoi la proximité change tout dans l’approvisionnement en oxygène
Santé publique

Pourquoi la proximité change tout dans l’approvisionnement en oxygène

Pourquoi la proximité change tout dans l’approvisionnement en oxygène — illustration Astragas

Dans les gaz médicaux, la question qui compte n’est presque jamais « en produit-on assez ? ». C’est « en a-t-on à cet endroit, à cet instant ? ». La différence entre les deux formulations décrit à peu près tout le problème.

Le stock national n’est pas le stock du service

Un pays peut disposer d’une capacité de production suffisante en volume et connaître malgré tout des ruptures dans ses hôpitaux. La production n’est qu’une des étapes d’une chaîne qui compte aussi le conditionnement, le transport, le stockage sur site, l’installation de distribution interne et la maintenance de l’ensemble.

La Commission Lancet sur la sécurité de l’oxygène médical formule ce point de manière directe : l’oxygène médical n’est pas une simple marchandise, c’est un service public essentiel qui exige des investissements coordonnés sur la production, la distribution, la réglementation et le financement. Coordonnés, parce qu’un maillon financé seul ne produit rien.

Trois facteurs qui décident réellement de la disponibilité

Le délai. C’est le facteur le plus visible. Entre l’expression d’un besoin et l’arrivée effective du produit s’accumulent le traitement de la commande, la disponibilité du transporteur, la durée de route, et le déchargement. Sur des distances longues, ce délai devient incompatible avec une consommation qui, en réanimation, ne se planifie pas.

La rupture de charge. Chaque transbordement est un point de fragilité : manipulation supplémentaire, risque de casse ou de fuite, temps perdu, et responsabilité qui change de mains. Réduire le nombre de ruptures de charge est souvent plus efficace que d’augmenter le stock.

Le risque de rupture de stock. Il ne dépend pas seulement du volume commandé, mais de la variabilité du délai. Un approvisionnement lent mais parfaitement régulier se gère avec un stock tampon calculé. Un approvisionnement irrégulier oblige à surdimensionner le stock — ou expose à la rupture.

Ce que disent les projets récents

Les communiqués officiels accompagnant les mises en service d’unités de production locales, en Afrique centrale comme dans l’océan Indien, convergent sur ce diagnostic.

Le ministère camerounais de la Santé Publique, à propos de la centrale inaugurée à l’Hôpital Régional de Limbé le 21 août 2025, indique que la production locale réduira la dépendance aux livraisons depuis Douala ou Yaoundé, et donc « les coûts, les retards et les risques liés au transport ».

L’UNICEF, à propos de l’unité mise en service aux Comores le 29 juillet 2026, décrit la situation antérieure dans les mêmes termes : l’hôpital dépendait entièrement d’approvisionnements extérieurs, ce qui entraînait régulièrement des retards et des risques de rupture de stock, et compliquait la prise en charge des patients nécessitant une oxygénothérapie en urgence.

Deux institutions différentes, deux pays différents, un même énoncé du problème.

Ce qu’un producteur peut faire

Réduire la distance est la première réponse, mais elle n’est pas la seule. Un producteur peut agir sur la régularité, qui compte au moins autant :

  • des tournées planifiées plutôt que des livraisons à la commande, pour rendre le délai prévisible ;
  • un dimensionnement du stock tampon fait avec l’établissement, à partir de sa consommation réelle et non d’une moyenne ;
  • une capacité à livrer sous deux formes — bouteilles et cadres haute pression pour l’usage courant, oxygène liquide en récipients cryogéniques pour les volumes importants — afin de ne pas dépendre d’un seul mode ;
  • une visibilité sur l’état des installations du client, parce qu’une bouteille pleine sur un détendeur défaillant ne sert à rien.

Le vrai indicateur

Le nombre de mètres cubes produits dans l’année ne dit rien de la qualité d’un approvisionnement. Le seul indicateur qui compte pour un établissement de santé est le nombre de jours où il a manqué d’oxygène. C’est celui-là qu’il faut suivre, et c’est celui-là qu’un fournisseur doit être capable de discuter avec son client.

Sources

  • Graham HR, King C, Rahman AE, et al., The Lancet Global Health Commission on medical oxygen security, 17 février 2025.
  • MINSANTE Cameroun, communiqué du 21 août 2025 (Hôpital Régional de Limbé).
  • UNICEF Comores, 29 juillet 2026 (unité de Bambao Mtsanga, Anjouan).

Oxygène liquide et gazeux, production à Douala

Bouteilles, cadres haute pression, iso-conteneurs, récipients cryogéniques. 

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