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Produire localement plutôt qu’importer : ce que ça change pour un industriel camerounais
Marché et industrie

Produire localement plutôt qu’importer : ce que ça change pour un industriel camerounais

Produire localement plutôt qu’importer : ce que ça change pour un industriel camerounais — illustration Astragas

Entre acheter un gaz produit à 6 000 kilomètres et acheter le même gaz produit à Douala, la molécule est identique. Tout le reste change.

Le point de départ : le négoce

Quand l’entreprise a été créée en 2015 à Douala, sous le nom de MoleculesGas Cameroun, son activité reposait sur le négoce. Les gaz industriels et médicaux étaient embouteillés par des fournisseurs à l’international, puis importés et commercialisés sur le territoire camerounais.

Ce modèle fonctionne, mais il transmet au client toutes les contraintes de la chaîne d’importation : le délai maritime, le passage portuaire, les formalités, la disponibilité du fournisseur étranger, et l’exposition au change.

Ce qui a changé

En 2017, la volonté d’ouvrir une première usine de production a marqué le tournant ; l’entreprise est devenue une société dont le capital social est détenu majoritairement par des Camerounais. La crise du COVID-19 a retardé le projet de trois années.

En 2023, elle a réceptionné sa première unité de conditionnement de CO₂. Depuis 2024, elle est la première société camerounaise à disposer d’une unité de production d’azote liquide et d’oxygène liquide, ainsi que d’une installation permettant aux gaz de passer de leur état liquide à leur état gazeux selon les besoins de ses clients. Une unité de production d’acétylène a également été réceptionnée.

L’entreprise produit et commercialise aujourd’hui de l’oxygène liquide et gazeux, de l’azote liquide et gazeux, de l’argon, du CO₂ liquide, gazeux et solide, de l’acétylène, de l’hélium et de l’ammoniac.

Quatre différences concrètes

Le délai. C’est la différence la plus immédiate. Une commande servie depuis Douala ne dépend ni d’un transit maritime, ni d’un dédouanement, ni de la disponibilité d’un fournisseur situé sur un autre continent. Pour un industriel dont la production s’arrête faute de gaz, la différence n’est pas de quelques jours : c’est celle entre un incident et un arrêt.

Le coût logistique. Transporter du gaz, c’est transporter des contenants lourds, encadrés réglementairement, et souvent partiellement vides au retour. Chaque millier de kilomètres retiré de la chaîne se retrouve dans le prix rendu.

La disponibilité en cas d’aléa. Un fournisseur local peut être appelé, visité, et peut réagir. Il peut aussi ajuster la forme livrée à l’équipement du client — gazeuse ou liquide — plutôt que d’imposer ce que le conteneur contenait.

La résilience. Une chaîne courte compte moins de points de rupture. C’est le raisonnement que tenait le ministère camerounais de la Santé Publique en août 2025, à propos de la centrale d’oxygène médical de l’Hôpital Régional de Limbé : la production locale réduit la dépendance aux livraisons lointaines, et donc les coûts, les retards et les risques liés au transport.

Ce que la production locale ne dispense pas de faire

Il faut être honnête sur les limites de l’argument. Produire localement ne garantit ni la qualité, ni la sécurité, ni la régularité. Ces trois-là se construisent avec des procédures de contrôle, des fiches de données de sécurité tenues à jour, du personnel formé, et une organisation logistique qui tient ses engagements.

La proximité supprime des obstacles. Elle ne remplace pas le métier.

Un enjeu qui dépasse l’entreprise

La substitution des importations par une production locale a un effet qui dépasse le client final : elle retient de la valeur, des emplois et des compétences techniques sur le territoire. La cryogénie, la maintenance d’installations sous pression, la logistique de matières dangereuses sont des métiers rares localement, et ils s’apprennent en les exerçant.

C’est une raison supplémentaire, à côté du délai et du prix, de regarder d’où vient le gaz que l’on achète.

Sources

  • Astragas, page « Notre histoire » et fiches produits.
  • MINSANTE Cameroun, communiqué du 21 août 2025 (Hôpital Régional de Limbé).

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