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Asphyxie par déplacement d’oxygène : le danger invisible des gaz inertes
Sécurité et réglementation

Asphyxie par déplacement d’oxygène : le danger invisible des gaz inertes

Asphyxie par déplacement d’oxygène : le danger invisible des gaz inertes — illustration Astragas

Quand on demande quels gaz sont dangereux, on pense d’abord aux gaz inflammables ou toxiques. C’est une erreur de hiérarchie. Les gaz les plus impliqués dans les accidents en espace confiné sont ceux qui ne sont ni l’un ni l’autre.

Le mécanisme

L’air que nous respirons contient environ 21 % d’oxygène. Un gaz inerte qui s’échappe dans un local ne réagit avec rien et n’empoisonne personne : il occupe simplement du volume. Ce faisant, il abaisse la proportion d’oxygène dans l’air ambiant.

Quand cette proportion descend, les capacités physiques et le jugement se dégradent avant que la personne ne perçoive quoi que ce soit. C’est là que réside la spécificité de ce risque : il n’y a pas de signal d’alerte.

Trois gaz, trois profils

L’azote. Il constitue déjà environ 78 % de l’air, ce qui explique qu’on le croie inoffensif. Sa fiche de données de sécurité le décrit comme incolore et non détectable à l’odeur, non inflammable. Sa densité relative par rapport à l’air est de 0,97 : il se mélange à peu près uniformément.

L’argon. Gaz inerte présent en très faible quantité dans l’air, environ 0,94 %. Il est obtenu par distillation fractionnée de l’air liquide. Il est incolore, sans odeur détectable, non inflammable. Sa densité relative par rapport à l’air est de 1,38 : il est nettement plus lourd que l’air.

Le dioxyde de carbone. Non inflammable, incolore, avec une densité relative de 1,52 — le plus lourd des trois. Sa fiche de sécurité précise qu’il peut s’accumuler dans les endroits confinés, en particulier dans les points bas et les sous-sols.

Pourquoi la densité change tout ?

Un gaz plus lourd que l’air ne se disperse pas : il descend et il s’accumule. Une fosse, une cave, un caniveau de maintenance, un fond de cuve, un sous-sol non ventilé deviennent des pièges où la teneur en oxygène peut être très basse alors que l’air, un mètre plus haut, est parfaitement respirable.

C’est la raison pour laquelle les procédures d’entrée en espace confiné imposent une mesure d’atmosphère au niveau où le travail sera effectué, et pas à hauteur d’homme à l’entrée.

L’oxygène liquide et l’azote liquide : un facteur d’amplification

Les gaz liquéfiés ajoutent une dimension au problème. Un volume donné de liquide cryogénique produit, en s’évaporant, un volume de gaz considérablement supérieur. Une petite fuite dans un local fermé suffit donc à modifier l’atmosphère rapidement.

C’est pourquoi les locaux de stockage de gaz liquéfiés doivent être ventilés, et pourquoi les récipients cryogéniques ne sont jamais totalement étanches : l’évaporation continue doit pouvoir s’échapper de manière contrôlée plutôt que de monter en pression.

Ce que disent les fiches de sécurité

Les fiches de données de sécurité de ces produits convergent sur les mêmes prescriptions :

  • seules les personnes ayant l’expérience et la formation appropriées peuvent manipuler des gaz sous pression ;
  • l’installation doit être contrôlée régulièrement contre les fuites, avant utilisation ;
  • seul l’équipement spécifié, adapté au produit, à sa pression et à sa température d’utilisation, doit être employé ;
  • en cas de doute, contacter son fournisseur de gaz.

Cette dernière ligne mérite d’être prise au sérieux. Elle figure dans les fiches parce que la plupart des situations litigieuses se résolvent par un appel.

Les mesures qui fonctionnent

La ventilation. C’est la mesure de premier rang, et elle prime sur toutes les autres. Un local correctement ventilé neutralise le risque à la source.

La détection d’atmosphère. Dans les locaux à risque, un détecteur d’oxygène avec alarme compense l’absence de signal naturel. Il doit être positionné au niveau où le gaz s’accumule.

La procédure d’entrée en espace confiné. Mesure préalable, ventilation forcée, surveillance extérieure, moyens de récupération.

La formation. Elle n’est pas une formalité administrative : le risque décrit ici ne se devine pas, il s’apprend.

Une phrase à retenir

Un gaz qui ne brûle pas et qui n’empoisonne pas peut tuer en quelques minutes. Ce n’est pas un paradoxe, c’est le mécanisme le plus courant des accidents liés aux gaz industriels.

Les gestes de premiers secours figurent en section 4 de chaque fiche de données de sécurité. Elles sont consultables librement sur ce site.

Sources

  • Fiches de données de sécurité Azote, Argon et Dioxyde de carbone, Astragas (sections 2, 7 et 9).
  • Fiches produits Azote et Argon.

Argon, azote, dioxyde de carbone

Chaque produit dispose de sa fiche de données de sécurité, en accès libre. 

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