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Après avoir mesuré le déficit mondial d’accès à l’oxygène médical, la Commission Lancet sur la sécurité de l’oxygène médical a fait un second travail, plus rare dans la littérature de santé publique : elle a chiffré ce qu’il en coûterait de le combler.
6,8 milliards de dollars par an
La Commission estime que combler le déficit de couverture en oxygène pour les besoins médicaux aigus et chirurgicaux dans les pays à revenu faible ou intermédiaire nécessiterait 6,8 milliards de dollars américains supplémentaires par an, soit 34 milliards de dollars sur cinq ans, entre 2025 et 2030.
Ce chiffre couvre l’ensemble de l’écosystème — production, distribution, équipement des établissements, maintenance, formation — et non le seul achat de matériel. C’est une précision qui compte : les programmes qui se limitent à installer des équipements sans financer leur exploitation produisent des unités à l’arrêt.
Un investissement présenté comme hautement rentable
L’argument de la Commission n’est pas seulement moral. Elle décrit l’investissement dans les écosystèmes d’oxygène comme une solution à fort rendement, qui accélérerait les progrès vers huit des neuf objectifs de développement durable liés à la santé — couverture sanitaire universelle, santé néonatale, infantile et maternelle, préparation et riposte aux pandémies.
La comparaison faite dans le rapport est parlante : l’oxygène médical est aussi essentiel que les vaccins, avec un rapport coût-efficacité comparable pour sauver des vies, mais il reçoit une fraction de l’attention et des financements accordés à la vaccination infantile.
Un cadre mondial déjà posé
Le rapport ne part pas de rien. Il s’appuie sur l’élan créé par le premier cadre stratégique mondial pour l’oxygène et son argumentaire d’investissement — le Global Oxygen Strategic Framework and Investment Case — publié en octobre 2024 par l’Alliance mondiale pour l’oxygène (GO2AL).
Un an après la publication du rapport, le bilan dressé par les auteurs relève deux avancées : l’intégration de l’oxygène et de l’oxymétrie de pouls à l’agenda des maladies non transmissibles, à la suite de prises de position de la Commission et de GO2AL lors de l’Assemblée générale des Nations unies de 2025 ; et l’engagement d’un nombre croissant de pays à élaborer ou à renouveler un plan national d’oxygène — le Kenya et l’Ouganda sont cités, ainsi que le Bangladesh, qui a annoncé une feuille de route nationale visant l’accès universel d’ici 2030.
Les plans nationaux, maillon décisif
C’est peut-être la recommandation la plus opérationnelle du rapport : les plans nationaux d’oxygène médical sont essentiels pour faciliter l’investissement et coordonner la délivrance du service.
Sans plan, chaque hôpital négocie seul, chaque bailleur finance son propre équipement, et personne ne dimensionne la production nationale. Avec un plan, la demande devient lisible — et une demande lisible est ce dont un producteur a besoin pour investir dans des capacités.
Ce que cela change concrètement
Pour un établissement de santé, la conséquence pratique tient en une question : d’où vient l’oxygène, et en combien de temps arrive-t-il en cas de rupture ? Pour un producteur local, elle tient en une autre : comment garantir une disponibilité continue plutôt qu’une livraison ponctuelle ?
Ces deux questions se rejoignent, et c’est précisément là que se joue la sécurité de l’approvisionnement.
Sources
- Graham HR, King C, Rahman AE, et al. « Reducing global inequities in medical oxygen access », The Lancet Global Health, 17 février 2025. DOI : 10.1016/S2214-109X(24)00496-0. Une correction publiée le 26 mars 2025 précise que l’objectif de mobilisation de ressources de GO2AL, de 4 milliards de dollars, porte sur la période 2025-2030 et non sur une base annuelle.
- Unitaid, « L’oxygène médical, un investissement qui sauve des vies », mars 2025.
- Global Oxygen Strategic Framework and Investment Case, GO2AL, octobre 2024.
- « From evidence to action: taking stock of the Lancet Global Health Commission on medical oxygen security after a year », The Lancet Global Health, 2026.
Oxygène médical
Production locale à Douala, sous forme liquide et gazeuse.